Armor en larmes et rictus de mijaurée (AI octobre 2025)

Temps de lecture : 3 minutes

Ce mois-ci toutes les élucubrations de consignes chez Tinak, qui glousse déjà de nos écrits farfelus.

─ Alors Gédéon, raconte ta rencontre avec cette poupée que tu voulais rivancher, et que visiblement, c’est elle qui t’a coupé les ailes ?

Avalant cul sec son quatrième Hennessy, pour s’éclaircir la voix, Gédéon raconta :

─ J’te plante le décor : Un dimanche soir de pluie, genre il pleut des chats et des chiens comme ils disent chez Shakespeare. C’est plus des cordes mais des hallebardes qui me tombent dessus. Moi, pôvre bougre, je sors du caboulot…

Devant mes yeux arrondis, car je comprends « cachalot », il ajoute :

─ Bon, si tu préfères, quand je sors du rade, de la rue d’la soif de Saint-Malo, l’ego cabossé, le moral en dessous du trottoir, et la chemise froissée comme un vieux billet de cents balles passé à la machine, de m’être trop appuyé au zinc. Je titube, évite quelques flaques d’eau, quand au coin de la rue du café d’en bas, je me retrouve nez à nez avec Claudia. Cette mijaurée de mes nuits blanches, l’influenceuse du cœur brisé. Celle qui sait me faire mijoter au bord du précipice. J’te l’dis, une vraie branleuse de gendarme, à force de faire tourner les képis sur Instagram avec ses selfies sirupeux et son sourire de catcheuse repentie.

─ Tiens, tiens, le gai-luron en déconfiture, qu’elle me balance avec ce petit rictus de mépris et ses lèvres rebondies par le gloss.

─ Moi au moins, j’suis sans filtre poupée, que je lui renvoie dans la tronche, car toi, t’as plus de couches de retouches qu’un pharaon momifié.

Elle me rigole à la barbe, tu sais ce genre de rire sec. De ceux qui ressemblent à une lame d’acier sur la jugulaire. Je sens qu’entre elle et moi, ça va être un duel d’amour vache. Pas un duel à fleurets mouillés, non. Un combat d’Armor et de quolibets, à qui plantera le mot pour l’estocade finale.

─ Mais c’est qu’il veut rivancher, le coq, qu’elle me crache, le sourcil levé comme une dague.

─ Me rivancher ? Ça s’discute. Mais, avec toi, c’est comme pisser contre le vent, chérie.

 Là -dessus, elle m’envoie un regard qui te découpe le foie en tranches fines. Je sens venir l’uppercut sentimental. Ouais, tu peux t’marrer mon gars, attends que je te raconte la suite.

─ Mon mignon, tu as toujours su jongler avec les maux, mais jamais pour dire les bonnes langues.

─ Et toi ma belle, tu sais manier ta langue mais jamais pour dire les bons mots.

La donzelle s’approche, me toise et lâche :

─ Mon chou, je t’aimais bien, tu sais, mais seulement…une fois par Lune bleue, c’est-à-dire le 36 du mois.

─ Putain d’estocade, je déglutis. Mes tripes me font l’effet, d’un tord boyau, et moi j’affiche l’air d’un godmoche à roulasse, tu vois ? Un grand échalas bruyant, avec le yoyo que fait ma glotte, mais avec un visage marmoréen. Et, hop, elle fait volteface, et s’en va. Elle m’a laissé là, comme un pantin, trempé, transpercé par sa lame jusqu’à mon âme. Il pleuvait dans mon cœur comme sur la ville, comme disait Verlaine. J’me disais que j’la reverrai quand… les cochons voleront ou que les poules auront des dents.

─ Dis donc, ça fait un peu basse-cour ton histoire. Tu sais c’qu’on dit Gédéon, en amour qui taille trop fin, finit par s’émousser.

─ Ah mon brave, je l’aimais à m’en saigner et maintenant je saigne à ne plus l’aimer. Elle ma planté un sourire d’Armor et j’en ai sur le cœur une cicatrice : souvenir qui s’accroche comme un bernicle sur son rocher.

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Mijo-Nouméa
  • Mijo-Nouméa
  • Née en Nouvelle-Calédonie, Mijo Nouméa explore plusieurs univers littéraires de la nouvelle au roman, en passant par la poésie et le théâtre.
    A écrit un vaudeville: "COACH EN SINISTROSE".
    Ses romans : "Plus con tu meurs" ( tome 1) et "Des gens divers et des divergents" (tome2) sont auto-édités.

6 Comments

  • J’adore ton histoire, façon Chandler. J’attendais l’intervention du détective Philip Marlowe, mais il n’est pas venu. C’est tant mieux, je suis sûr qu’il arrivera dans ton prochain épisode que j’attends avec impatience.
    John Duff

    • Hello John, woaouh je suis ravie de constater que le ton particulier choisi pour traiter cet AI n’ait pas échappé à ton oeil. Alors, je n’ai pas lu les aventures du détective de Philip Marlowe, en revanche j’ai beaucoup aimé le style de Frédéric Dard, le père des 175 tomes de San Antonio. Cette gouaille percutante m’a inspirée pour cet AI autour de l’Amour et de la ferraille.

  • Et merci pour le caboulot !!

    • Comme je le disais à John, je venais de finir de lire un San Antonio et le style de Frédéric Dard, cette gouaille percutante m’a inspirée pour traiter le sujet de ton AI. Le choix des mots désuets que tu as fait m’a ouvert le boulevard de ce langage et style d’un autre âge et d’une autre époque.
      Merci à toi pour cette plongée dans les pépites de la langue française, même argotique.

  • N’en espérait pas tant !
    Merci, MiJo – logorrhée 😉

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