La correctrice des tombeaux.

Le gardien du cimetière, surgit de derrière un cyprès et braque sa lampe sur elle.
— Encore vous ! C’est la 5ème fois que je vous surprends à reprendre les épitaphes des tombes. Cette fois s’en est une de trop. J’appelle la Mairie et la Police.
La vioque range calmement son burin et son marteau.
—Monsieur, je ne fais que rétablir la vérité. Ce vaillant soldat, par exemple trouvait que « homme d’honneur » c’était trop lourd pour l’éternité. Il a toussé pour que je corrige en « homme d’humour ».
—Mais vous ne pouvez pas faire cela !
—Je ne décide rien. Ils me le soufflent, la nuit. Ils toussotent de manière insistante, pour que je vienne.
Le gardien cligne des yeux et lâche :
—Comment ça ? Les morts vous parlent ?
—Ils s’indignent surtout de leurs épitaphes. Ils ont des exigences stylistiques. Alors je suis la correctrice des tombeaux. Regardez celui-là, ne supportait plus « époux fidèle » alors qu’à soixante-quinze ans, il courrait encore après les poules. J’ai donc changé « fidèle » par « passionné ».
─Votre sort est ficelé, vous allez finir en prison.
—En prison ? Vous rigolez ! Je suis une archiviste du réel, monsieur. Une Greta Thunberg de la sincérité funéraire. Je restaure le climat moral des cimetières. Et entre nous, si les pierres tombales pouvaient vous parler, vous verriez combien, sont puissantes les louanges qu’elles m’adressent.
Pendant que le gardien appelle la Police et la Mairie :
—Faites vos petites affaires administratives, moi je remplace pour cette grand-mère, décédée en 1920, « repose en paix » par « fait la sieste avec élégance ».