Suite et fin: L’Air ou l’Art de rien. (Acte 3 et 4)

Acte 3 sc1
ROC SIFORT
(haletant à peine)
Maître…?
…Le gland a disparu.
GORDON ZOLA
(ouvre un œil, sans bouger la tête)
Pardon ?
ROC SIFORT
(plus dramatique que nécessaire)
Le gland. Oh malheur !
Il était là.
Sous mon museau.
Et là…
Rien.
GORDON ZOLA
(ferme l’œil, bougon)
Bravo. Voilà. Tu l’as regardé trop fort. Il s’est décomposé de gêne.
ROC SIFORT
Tu crois qu’il s’est… évaporé ?
Ou pire…
Enlevé ?
Par des courants d’air intelligents ?
GORDON ZOLA
(en haussant vaguement l’épaule)
Ou il s’est lassé de nous.
Ce n’était qu’un gland, ROC SIFORT.
Une graine tombée du ciel, pas un concept politique.
ROC SIFORT
Mais… s’il portait un message ?
Un symbole ?
Une invitation muette à méditer l’inconsistance du sens ?
GORDON ZOLA
(pique un somme de quelques secondes, puis rouvre l’œil)
ROC SIFORT,… tu veux que je sois franc ?
ROC SIFORT
(ému)
Oui, Ô Grand Déballeur de vérités muettes.
GORDON ZOLA
Je l’ai peut-être mangé.
ROC SIFORT
(blême)
Co… Co… Comment ?!
GORDON ZOLA
En dormant, je crois… C’est flou dans mon souvenir.
Mais j’ai un vague goût de chlorophylle dans la bouche.
Ou alors, c’est mon dentifrice.
ROC SIFORT
(abasourdi)
Tu… tu aurais ingéré le Symbole Suprême dans un demi-sommeil ?
Sans l’assaisonner ? Sans l’écouter d’abord ?
GORDON ZOLA
(soupir)
C’est ça le drame de l’été, ROC SIFORT.
On mange d’abord. On pense jamais, c’est trop épuisant de penser.
ROC SIFORT
(tragique, pose une patte sur son front)
Alors c’est fini.
Le Grand Rien a mangé le Petit Tout.
Nous sommes au cœur du néant.
L’ultime billevesée.
GORDON ZOLA
(détendu)
Parfait. On pourra faire une sieste de deuil.
Une belle, longue, morose sieste honorifique.
ROC SIFORT
(s’effondre lentement sur le côté, façon tragédie grecque très ralentie)
Je suis vidé d’espérance.
Mais comblé de farniente.
Je n’ai plus qu’un objectif : ne pas digérer avec toi.
GORDON ZOLA
(bâille)
Bien. Nous jeûnons par oubli.
C’est spirituel, je crois.
(Ils s’endorment.)
NOIR
Acte 4 sc 1
Même décor, mais baigné d’une lumière verte tamisée, comme si la chlorophylle avait pris le pouvoir.
Gordon Zola et ROC SIFORT dorment profondément, chacun dans une pose approximative d’illumination.
Un bourdonnement étrange, harmonique, emplit l’espace.
Puis, descend lentement du ciel… une boîte de conserve bio, étiquetée « Glandouilles célestes – sans sel ajouté ».
VOIX OFF (très solennelle, avec écho)
Enfants du Rien…
Vous avez atteint le cœur du Vide.
Le sommet de l’Inutile.
Le Graal du Farniente.
(La boîte s’ouvre seule, dans un nuage de vapeur émeraude.)
VOIX OFF
Voici venir…
Le Glandu Cosmique.
Fève sacrée, riche en fibres et en révélations.
(Lentement, une lumière sort de la boîte, prenant la forme d’un embryon, vaguement humanoïde, vêtu d’un kimono de luzerne.)
Mozart HÈLA (chantant)
🎵 Je suis le Glandu retrouvé,
L’écho vert des âmes désœuvrées.
Je pousse en toi quand tu ne fais rien,
Je suis le goût du lent chemin. 🎵
GORDON ZOLA
(émerge à moitié, sans se redresser)
Est-ce… un rêve musical ou un épisode d’indigestion ?
ROC SIFORT
(en révérence)
Ô Glandu des sphères !
Nous avons failli !
Nous t’avons digéré sans conscience !
Mozart HÈLA
Non, ROC SIFORT, petit ragondin anxieux.
Vous avez atteint la sagesse :
ne rien faire sans culpabilité.
C’est là mon message.
Mâchez lentement vos pensées.
Et surtout : ne programmez rien.
GORDON ZOLA
(relâché, convaincu)
Enfin un prophète qui demande moins qu’il ne propose.
Je l’aime bien, son côté : légumineuse paresseuse.
ROC SIFORT
(palpité)
Dis-nous, ô Glandu ! Que devons-nous devenir ?
MOZART HÈLA
(paisible)
Vous serez mes Apôtres de l’Inertie Douce.
Vous prêcherez le repos inutile mais réconfortant.
Et vous offrirez à chacun… une boîte vide.
GORDON ZOLA
Pourquoi vide ?
MOZART HÈLA
Parce que c’est dans le vide qu’on digère l’infini.
Et puis, c’est plus léger à porter.
(Le Glandu s’élève en tournoyant comme une toupie zen.)
MOZART HÈLA (en s’éloignant)
🎵 Restez posés, sans intention,
Vous êtes parfaits dans l’abandon.
Haricots, pois, lentilles sacrées,
Vivent en vous, bien installés. 🎵
(Il disparaît dans un pop très doux.)
ROC SIFORT
Tu crois qu’il va revenir ?
GORDON ZOLA
Non. Mais j’ai très envie d’un houmous.
ROC SIFORT
Blasphème. Le pois chiche n’est pas une légumineuse de la révélation. Le Glandu a dit : haricots, pois et lentilles sacrées.
GORDON ZOLA
On verra après la sieste. Pas envie d’ergoter avec toi, il faudrait argumenter et donc ne plus RIEN faire. En plus aujourd’hui c’est le fameux « Lundigérable ».
FIN
Trois pièces encore !
bah c’était pour l’AI de l’été