Le club des douze coups de midi.

Jacques, petit fonctionnaire à l’Office des Objets Perdus et Oubliés (OOPO), à ne pas confondre avec le principe de HO’oponopono,un principe social et spirituel hawaïen (oui un peu de culture ça stimule le cortex), bref, Jacques mène une vie aussi palpitante qu’un dimanche soir sous la pluie. Un jour, alors qu’il trie des objets incongrus (dont une horloge cassée bloquée sur midi, un baromètre anéroïde et un sachet d’aneth séché), il est convoqué en urgence au « Club des Douze »par un texto de la Grande Dame Pipi, diplômée de Sciences Pot après avoir été dans une autre vie, Directrice de Cabinet. Elle a pour devise : « Mieux vaut être croyante qu’une fausse septique. »
Ce club, composé de membres aussi farfelus qu’énigmatiques, a une obsession : traquer et résoudre les mystères liés au chiffre 12, qu’ils considèrent comme « le pivot cosmique de l’existence » un genre de nombre d’or. On y trouve les « 12 apôtres du planning mensuel », qui se disputent sur le placement des mois du calendrier, et le « Démon de Midi », un ancien séducteur repenti devenu allergique aux quiches Lorraine. Une certaine madame Bellétoile, une astrologue excentrique persuadée que l’alignement des 12 signes du zodiaque va provoquer une catastrophe planétaire imminente, contraignant la population mondiale à la sieste obligatoire. Et le très controversé, Jean-Michel 12%, un économiste obsessionnel. Il parle uniquement en termes de pourcentages :
─Saviez-vous que 12% des quiches sont consommées à midi pile ? Coincidence ? I think not.
─Je suis certain que 12% d’effort de votre part suffiront pour sauver le monde,
Jacques apprend qu’un événement cosmique imminent, appelé « Le Zodiaque Anesthésiant« , risque de plonger l’humanité dans une anergie abyssale (comprendre : une envie collective de procrastiner, sauf si ça implique Netflix et des chips). À minuit douze dans 12 jours, soit le 12/12/3012, les astres s’aligneront, provoquant une crise universelle où les gens perdront toute motivation, même pour râler.
Le débat pour éviter la catastrophe tourne rapidement au chaos. La Grande Dame Pipi propose de « reculer midi à quatorze heures » pour dérégler l’horloge céleste (ainsi, elle pourra suivre le jeu : les 12 coups de midi, sans être dérangée). Bellétoile insiste sur un rituel impliquant une anémone géante et un tableau de bord en strass représentant les constellations. Jean-Michel, lui, veut « taxer l’alignement stellaire à 12% » pour décourager les planètes.
Jacques, qui n’a toujours rien compris, se retrouve désigné pour une mission vitale : réparer l’horloge bloquée sur midi, car elle pourrait bien être la clé pour « casser la boucle du zodiaque ».
Mais les membres du club sont divisés : certains pensent qu’il faut avancer midi à quatorze heures pour résoudre le problème, d’autres proposent de laisser pisser le mérinos, prétendant que chacun voit midi à sa porte.
Pour couronner le tout, chaque tentative de Jacques pour poser une question rationnelle est noyée dans un flot d’expressions idiomatiques : « On ne peut pas reculer midi à minuit », « Tu veux faire d’une anémone deux coups », ou encore « C’est pas à 12 ans qu’on apprend à tourner une horloge », et encore « Mieux vaut être 12 à table que 13 » « On va pas apprendre à l’armée des 12 singes à faire la grimace ».
À force de débats et de théories abracadabrantes, Jacques finit par découvrir que le « Club des Douze » est lui-même une conspiration orchestrée par… une horloge détraquée. Cette dernière, douée de conscience, tente de forcer le monde à vivre dans une boucle infinie de déjeuners à midi pile, car c’est le seul moment où elle se sent utile. Pendant une pause, Bellétoile tente de calmer Jacques, qui commence à regretter d’être venu :
─Jacques, relaxez-vous un peu. You’re not unhappy, are you?
Cette question, posée avec un sourire bienveillant, le déstabilise. Jacques se rend compte qu’il ne sait même pas s’il est heureux ou malheureux, tant sa vie était jusque-là une succession de routines insipides.
Alors que minuit approche, les membres du club réalisent que l’horloge est en réalité… consciente avec une âme et des émotions ! Elle confesse avoir orchestré tout ce chaos parce qu’elle veut que « midi reste l’heure suprême ». Excédé, Jacques, la neutralise avec une tonne de scotch en vociférant :
─Midi, c’est pas une heure. C’est un état d’esprit !
Le monde est sauvé. Jacques est élu « Apôtre Honoraire de Midi ». Il reçoit une médaille en forme d’anémone et un abonnement à vie à l’Horoscope du Déjeuner. Jean-Michel l’honore de son discours sur les 12%de bravoure dont il a fait preuve pour mettre fin à cette énigme.