L’art ou l’air de RIEN (Acte 1 SC 1 : pour AI été 2025)

Pour les mois de juillet et août 2025, les facéties de l’Agenda Ironique se déplient chez : Carnets paresseux
Je vous propose une comédie ( absurde ? Lisez et faites-vous votre opinion) en 4 peut-être 5 actes.
Distribution
Gordon ZOLA — vacancier professionnel
La Chaise Longue — confidente molletonnée
Mozart HÉLA — figurant tombé du ciel
(Le ROC SIFORT, un ragondin est en coulisses, au cas où.)
Acte 1 Scène 1
Un jardin. Soleil. Bruit d’un moustique trop lent pour fuir.
Au centre : une chaise longue. Sur elle : Gordon Zola, effondré avec style. Il tient un verre vide, mais ne le sait pas encore.
GORDON ZOLA :
(d’une voix pâteuse, presque philosophique)
Récapitulons… Rien. Ne Rien faire. Avoir l’air de Rien.
C’est déjà trop Rien. Ça commence quand et ça finit quand ?
(pause, contemplative)
Ce matin, j’ai failli avoir une pensée.
Heureusement, elle s’est dissoute dans le citron.
(soupir heureux)
Quelque chose planait… Une envie… Une idée… Une asymptote de projet.
Mais j’ai fermé les yeux à temps. Ouf.
(Il ajuste son chapeau de travers, regarde le ciel, le doigt levé)
Tiens ?
On dirait… Oui… Non.
Un gland ? Avec de grandes oreilles ?
(Un gland tombe mollement du ciel. Bruit très modéré de ploc. Silence.)
GORDON ZOLA :
(fixant le gland aux grandes oreilles avec gravité)
Je suis témoin d’un miracle inutile.
Un gland céleste. Voilà qui éclipse les plus grandes billevesées humaines.
(Il s’adresse à la chaise longue.)
Tu crois qu’il est venu me dire quelque chose ?
Ou me demander pardon au nom de la salade niçoise ?
… Ou me partager son oreille absolue ?
Non ? Moi non plus.
(Il ferme les yeux. Pause. Puis rouvre un œil.)
Dis donc… Il est peut-être dangereux.
Radioactif ?
Ou pire…
Responsabilisant.
(Il tend la main vers le gland aux larges oreilles. Fait mine de le ramasser. S’arrête net.)
GORDON ZOLA :
Non. Faire un mouvement serait une entorse à ma décision de RIEN. J’ai fait vœu de vacance.
Je suis le moine d’un ordre païen, l’ordre du foutre-rien suprême. Aujourd’hui encore, j’ai résisté. Pas de lecture. Pas de marche. Pas même une réflexion.
Seulement toi, mon amie la chaise,
Et une lente désintégration du souci d’exister.
(Il caresse l’accoudoir, puis s’adresse au gland aux oreilles proéminentes.)
Toi, tu restes là. Tu écoutes.
On t’observe.
MOZART HÉLA : (Il se redresse à peine, prend un ton théâtralement épique.)
Si d’aventure quelqu’un demande :
« Qu’as-tu fait de ton été, MOZART HÉLA ? »
Je lui répondrai, la voix tremblante d’émotion du gland aux larges pavillons auriculaires que je suis :
— Rien.
Mais alors, rien à la perfection, comme si j’écrivais une partition.
(Il s’affale. Ronfle un peu.)
NOIR.
Oh quelle belle éloge du Rien ! Gordon Zola réussit à nous faire rire, mine de rien ! Vas-il tenir sa promesse , ne rien faire ? J’ai hâte de lire la suite !
A bientôt
Ah ah, rien que pour les noms de tes personnages, je suis contente d’être revenue par ici. Absurde à souhait, du rien, mais pas vraiment finalement, il y a beaucoup ! Merci:)
Que de rebondissements dans ton histoire et quel suspens !
J’ai eu vraiment peur que Gordon Zola ne commette un geste irréparable, mais il a su se contenir.
John Duff
Merci John d’être venu me lire, tu as pu l’air de RIEN, braver la chaleur pour m’accorder quelques minutes de lecture; Et, ça, ce n’est pas RIEN 🙂
Bon jour,
Je me demande quel cocktail a bu le protagoniste 🙂 En tout cas « le gland aux grandes oreilles »… Comme quoi il y a des vacances qui sont salutaires pour … déconnecter 🙂 lol
Bonne soirée
Max-Louis
COOKI Max-Louis, oui, c’est ce délire autorisé dans l’agenda ironique qui me plaît. Tout est permis.
Belle et riche idée, MiJo, que cette mise en scène (qui s’abyme ?) 😉
J’en reste bouche bée, en attendant là… Beckett ?
Hello, merci Tiniak. Je constate que tu as de bonnes bases du théâtre classique de l’absurde.
Fichtre, rien de chez rien multiplié par rien qui donne un truc pareil, c’est carrément ficelé au son et à l’oreille tombée des nues, je suis éberluée d’admiration par la haute volée de la scène.
Ce fil d’écriture, décidément, est un fil tendu entre le génie du chêne et celui d’un concert nommé « n’en faites pas un fromage, bien sûr » !
C’est géant ! J’adore.
Ah, ah, Jo, je vois que tu t’es bien amusée. Le sujet et les interdictions sont redoutables pour creuser les méninges ou muscler notre imagination. Finalement, on est loin du RIEN. Le deuxième acte est dispo. Bon été Jo.