les cendres ont des témoins.

Temps de lecture : 3 minutes

Les cendres ont des témoins.

La Terre n’a pas crié d’un seul coup.

Elle a d’abord murmuré, puis gémit,

S’est répandue en complaintes.

Une herbe jaunie,

Une rivière qui n’est plus que mémoire,

Une source qui coule en goutte-à-goutte,

Un vent chargé d’une chaleur

Qui n’est pas celle de l’été.

Des torrents de boue ont déferlé,

Des vagues géantes ont emporté

Des villages entiers,

Des volcans ont jailli de ses entrailles,

Fissurés ses paysages.

Puis le ciel a commencé à véhiculer

L’odeur du bois brûlé.

Je ne veux pas parler du feu, ce n’est qu’un témoin.

Vous hurlez « Quelle tragédie ! », « Il faut faire quelque chose ! »

Vous maudissez le soleil qui ne fait qu’obéir au climat.

Qu’avez-vous fait pour agir sur le climat ? Je vous le demande.

Vous protestez contre le vent qui attise les braises.

Vous criez « Un coupable ! », mais où étiez-vous avant la tragédie ?

Qu’avez-vous fait avant le drame ? Je vous le demande.

Une catastrophe ne se prévoit pas, une tragédie, si.

J’aurais voulu voir vos larmes avant la première étincelle.

Je vous l’affirme, ni la lande ni la forêt n’ont besoin de vos larmes.

Elles ont eu besoin de votre courage.

Elles ont eu besoin de votre attention.

La Terre a fait de son mieux pour vous alerter.

Qu’avez-vous fait ? Je vous le demande.

Vous avez répondu par des coupes de budgets.

Vous avez argué sur des priorités relevant de la sécurité.

Qu’avez-vous fait pour la préservation de la vie ?

Le feu ne se préoccupe pas de considérations budgétaires,

Il ne s’arrête pas à des conciliabules vides de cohérence,

Il s’étale, et avale les hectares de forêts, de lande

Dévore les graines de demain et consume les racines

Qui maintiennent l’équilibre.

En quelques heures, ce que nos ancêtres ont protégé

S’effacent et sombrent dans le deuil. La mort s’installe.

Pendant cette macabre transformation des espaces verts,

Des femmes et des hommes suent sang et eau,

Le visage noirci, les épaules écrasées et les yeux rougis

Par les fumées. Ils agissent sans relâche, aidés des canadairs

Pour sauver une vie humaine, un animal affolé.

Les pompiers affrontent l’enfer sur le terrain incendié,

Quand d’autres regardent derrière un écran.

Au prix de leur vie, ils se lancent dans la fournaise,

Que certains fabriquent et que d’autres financent

Par leur indifférence.

Et vous que suez-vous ? Je vous le demande.

Quelques mots sur les réseaux, avant de scroller à l’info suivante ?

Quelques indignations qui s’évaporent plus vite que la rosée ?

Les incendies adorent les complices invisibles.

Ils se gaussent des alertes ignorées, se réjouissent

Des facéties du climat entretenues, par la cupidité humaine

Que lui opposez-vous ? Je vous le demande.

Que faites-vous des rapports enterrés, des experts moqués ?

Fermer les yeux est plus facile que retrousser ses manches,

Il est vrai que faire l’autruche a un certain attrait.

Force est de constater que la salive est peu de chose,

Pour éteindre les flammes qui réduisent en cendres

Forêts, landes, espaces verts de la planète.

Répéter que nous ne sommes que les locataires de la Terre,

Que nous l’empruntons à nos enfants, semble… Insuffisant.

Les canopées ne sont pas un décor bucolique.

Chaque abeille disparue écrit une lettre de moins

Au mot « AVENIR ».

Chaque hectare calciné retire quelques litres d’oxygène

À nos enfants, et asphyxie nos petits-enfants.

Les cendres ne nourrissent pas les mensonges,

Ni ne rassasient l’indifférence.

Elles gardent en mémoire notre irresponsabilité,

Notre facilité à accuser le pyromane,

Oui ! C’est un coupable visible, dûment identifié.

Notre diligence à enfouir les non-dits.

Lorsque quelques pousses obstinées, tenaces face à la vie,

Oseront percer les mornes plaines, se frayer une issue

Au travers du charbon, indulgentes face aux dénégations,

Puissions-nous leur ressembler,

Avant qu’il ne reste que notre honte ou notre culpabilité

À sauver.

Si vous cherchez encore un coupable pour l’échafaud…

Le pyromane est déjà condamné.

Alors je vous le demande, où est l’accusé ?

Ne cherchez pas plus.

Regardez dans cette salle…

Regardez dans un miroir.

Qui a condamné notre silence, ou nos renoncements ?

Qui s’est insurgé face au laxisme ?

Qui ?

Je vous le demande.

Qui a eu le courage de renoncer à son confort ?

L’incendie n’a pas commencé avec une allumette,

Mais bien le jour où nous avons regardé ailleurs,

Pour trouver une raison, une bonne raison, de ne rien faire.

À quel moment une citoyenne, un citoyen

Deviennent-ils responsables d’un incendie, qu’ils n’ont jamais allumé ? »

À quel moment ?

Qui sommes-nous lorsque nous détournons le regard ?

Qui sommes-nous lorsque nous disons : « C’est triste… mais loin de moi » …

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Mijo-Nouméa
  • Mijo-Nouméa
  • Née en Nouvelle-Calédonie, Mijo Nouméa explore plusieurs univers littéraires de la nouvelle au roman, en passant par la poésie et le théâtre.
    A écrit un vaudeville: "COACH EN SINISTROSE".
    Ses romans : "Plus con tu meurs" ( tome 1) et "Des gens divers et des divergents" (tome2) sont auto-édités.

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